jeudi 28 mai 2009

Louis-Ferdinand Céline change d'adresse...

Notre rubrique Louis-Ferdinand Céline change d'adresse.
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Aujourd'hui à lire : "L'humanité ne sera sauvée que par l'amour des cuisses"

mardi 26 mai 2009

Yann Moix : "Louis-Ferdinand Céline : le génie absolu"

Yann Moix : "Louis-Ferdinand Céline : le génie absolu". A lire sur :

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lundi 25 mai 2009

Bertelsmann : Un empire des médias et une fondation au service du mondialisme

Présentation de l'éditeur
Lorsqu'on parle d'un " think tank ", on pense tout de suite à une institution américaine. On ignore souvent la puissance des fondations allemandes et leur capacité d'influence sur les politiques définies au sein de la communauté euroatlantique. Tel est le cas de la Fondation Bertelsmann, adossée à la grande entreprise du secteur de l'édition et des médias. Forte de plus de 300 collaborateurs, la Fondation est capable d'intervenir sur tous les grands sujets qui intéressent les acteurs de la mondialisation. Outre un engagement dans le domaine de la santé, il est peu de débats concernant l'avenir de l'Union européenne auxquels elle n'ait pas imprimé sa marque. Dans un contexte de tensions entre les Etats-Unis et l'Europe, la Fondation Bertelsmann se voit un rôle de médiatrice. Mais, ce qui l'intéresse surtout, comme le montre l'auteur, c'est d'imaginer les contours d'une " gouvernante mondiale ". Alors même que la Fondation a largement contribué au consensus transatlantique des trente dernières années, la crise actuelle sert à la Fondation à rebondir : jamais, plaide-t-elle, on n'avait eu autant besoin de cadres globaux pour la communauté internationale. Cette enquête, remarquablement documentée, éclaire bien des décisions politiques des années récentes.

Biographie de l'auteur
Pierre Hillard enseigne les Relations Internationales à l'ESCE. Spécialiste reconnu, il a déjà publié plusieurs ouvrages traitant des questions européennes et mondiales : Minorités et régionalismes dans l'Europe fédérale des régions, La décomposition des nations européennes, La marche irrésistible du nouvel ordre mondial.

Pierre Hillard, Bertelsmann : Un empire des médias et une fondation au service du mondialisme, FX de Guibert, 2009.

dimanche 24 mai 2009

Mythes russes

Présentation de l'éditeur
Contrairement aux Grecs, aux Indiens ou aux Iraniens entre autres, les Russes ne possèdent pas un ensemble cohérent de mythes sur les dieux païens, de textes sacrés antiques, de grands récits épiques. Mais ils disposent d'une vaste littérature de contes populaires évoquant les esprits les démons, de récits légendaires et merveilleux (avec l'effrayante Baba-Yaga), d'histoires qui racontent les exploits des premiers défenseurs de la Russie, de légendes où croisent des personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament, des saints, des ermites, des gens du peuple... Des formes non littéraires - rituels, proverbes, incantations, arts populaires... - déploient aussi dans sa diversité cette " mythologie " authentiquement russe. Celle-ci est marquée par une conception animiste de la nature, par la croyance en la magie et le culte des morts - des traits encore vivants aujourd'hui et que le christianisme, à travers l'" orthodoxie populaire a bien plus assumés qu'éradiqué.

Elizabeth Warner, Mythes russes, Seuil, 2005.

PJ Harvey - Good Fortune - Live

Le symbolisme de l'hermine

Hermine : carnassier au poil blanc immaculé. La robe, le camail, la fourrure d'hermine symbolisent l'innocence et la pureté, dans la conduite, dans l'enseignement, dans la justice.

Elien (II, 37) dit que, si l'hermine tombe dans une ornière, elle s'en trouve comme paralysée et meurt (in Ters, 211). C'est là l'origine de sa signification symbolique, souvent associé à des devises royales : préférer la mort à la souillure. Elle signifie ainsi la pureté morale et, en ce sens, elle orne la robe ou le camail des hauts dignitaires de l'Eglise, de l'Etat et de l'Université.

Source : Dictionnaire des symboles, R. Laffont, 1982.

Vient de paraître : Lettres à Albert Paraz

Les éditions Gallimard rééditent les lettres de Louis-Ferdinand Céline à Albert Paraz.

Lettres à Albert Paraz 1947-1957, Gallimard, 2009.
Commande possible sur Amazon.fr.

samedi 23 mai 2009

Rock Me Baby : BB King - Eric Clapton - Buddy Guy - Jim Vaughn

Louis-Ferdinand Céline - Marcel Aymé : Avenue Junot (2)

Première partie

Extraits de Avenue Junot, nouvelle tiré de En arrière de Marcel Aymé paru chez Gallimard en 1950. La scène se passe à Montmartre :

— L'œil viceloque, chez la femme en fleur, ça se tolère toujours bien, fit observer Céline. Elles ont de l'arrondi, des rappels de croupe dans le minois, avec du mystère d'entre-deux. Là dedans, l'œil vicieux se trouve niché, il tombe à sa place. Mais chez l'homme, même un jeunot comme Boquillard, la luisante salace, c'est pas regardable. Ça manque d'accords, l'œil est tout seul. C'est ce qui me fait honte quand je sors avec Popaul ou avec Fauchois. .Ces fumiers-là...

Paul et Fauchois se mirent à l'injurier, à lui rappeler les livres orduriers qu'il avait écrits, ce grand dégoûtant. Céline raconta une aventure qui venait d'arriver dans son dispensaire de banlieue : un accouchement avec déchirure; le chirurgien, un jeune, un apprenti barbier un peu myope, avait recousu jusqu'à l'anus inclus; la malade se plaignait de ne pas aller, etc., etc... Villebœuf riait des deux épaules, Fauchois perdait son monocle, Paul saccadait sur ses croquis. Mais, tout à la passion, Adélaïde et son barbiflore ne riaient ni même n'entendaient, et le cor anglais non plus. Soudain, Adélaïde se leva et se souvint à haute voix qu'elle avait laissé le gaz allumé dans sa cuisine. Sans la moindre gêne, le barbiflore lui emboîta le pas.

Boquillard surveillait l'avenue à travers le vitrage de l'atelier. Il y vit justement ce qu'il redoutait. Richard Eutrope jouait de sa barbe comme d'un violon et Adélaïde, à son côté, chancelait d'amour éperdu. Boquillard avait des incandescences dans l'œil et sa pomme d'Adam se donnait un mouvement désordonné. Ses compagnons observaient les ravages de cette lourde passion.
— Pourquoi que tu te laisserais pas pousser la barbe ? dit Gen Paul.
Boquillard secoua la tête. Il était trop fier pour laisser pousser sa barbe. S'étant informé, il apprit que le barbiflard était un poète du nom de Richard Eutrope.
— Je connais ça, grogna-t-il. J'ai vu un truc de lui : Le Bulbe des Contingences, que ça s'appelait. De l'écriture de petite salope. De l'évanescence de navet. De la méphistance d'uniprix. Ah ! la vache, c'est lui, Richard Eutrope ? Le pourri !

Boquillard grinçait des dents, ses yeux flambaient, sa cervelle grésillait dans la boîte. Il se saisit d'un crayon et se tourna vers le mur couvert d'inscriptions. Les visiteurs avaient en effet l'habitude d'y noter leurs adresses ou leurs numéros de téléphone, pour être sûrs que Paul ne les égare pas. Il écrivit d'un seul jet :
« Baveux, moisi, pâleur, plumicule, embarbé. »

Le cor anglais, qui venait d'écrire là son premier vers, découvrit du même coup sa vocation de poète et s'élança hors de l'atelier en brandissant son crayon. Fauchois, qui avait vu flamberger dans ses yeux l'éclair du génie, le regarda partir avec respect.

Chez toi, c'est plus fréquentable, dit Céline à Gen Paul. J'ai rien contre les barbes, mais si tu te mets à recevoir des poètes parfumés, des pisseurs de queue de cerise, où qu'on va ? C'est le courant d'air avec l'Académie. Ton Richard Eutrope, je connais ça; c'est du poète classique, surclassique, archiacadémique : le renifleur de coco, l'esthète à médéme, avec des complexes et des petites moiteurs de pédoque, le versicule dévirgulé à velléité musicale et philosocoque, quel charme qu'il a, ma chère, et profond, la vache, comment qu'il vous baratine les contraires dans son verbe taillé en pointe, commun en diable et anarcho comme grand-papa, chanteur de la désespérance du rien, kierkegaardien de la semaine prochaine, et les mondes s'affrontent dans mon coeur boudeur comme en 1900, et je dis oui en plein, et non par la bande, et mes fesses dans mon subconscient. Paul, t'es qu'un vilain, une vicieuse. Si t'avais le respect de nos génies, t'essaierais pas de nous faire gamberger dans ta tôle avec des poètes anémiques.

Paul se révoltait, se secouait comme un sanglier, et tentait d'éclater entre deux respirations, mais Ferdinand le fermait à coups de verbe. A la fin :
— Bon Dieu ! Mais qu'est-ce que tu viens me bonir, avec tes anémies ? Ton poète, moi je le connais pas. Je l'avais jamais vu, ton poète. Je savais pas seulement qu'il était là, le barbicole. Mais je remarque une chose, c'est que t'as l'air de rudement le connaître. Avec tes airs de frimant, c'est peut-être toi qui l'as rencardé. Ça va, maintenant, je vois la musique. Tes anémioques, tu leur files des remboums dans mon atelier et après, t'as encore la vicelance de venir m'engueuler.

Ferdinand le prit très mal. Il y eut des gueulements qui s'entendirent jusque dans l'avenue. Soupçonnés à leur tour, Fauchois et Villebœuf n'eurent pas trop de mal à se laver de l'accusation. Le mystère de la présence du barbiflard resta entier. Paul, plein de rancœur, donna un coup d'œil à ses croquis et posa une toile blanche sur son chevalet. Prenant un peu de recul et serrant dans son poing un pinceau chargé de couleur rose, il examina longuement l'espace à couvrir. Soudain, il se rua sur la toile, frappant du pinceau comme à coups de sabre, d'estoc, de taille, de revers, et faisant à chaque coup jaillir la chair fraîche. Ses trois compagnons, encore chiffonnés, regardaient surgir et s'épanouir le visage d'Adélaïde.
— Bonne assiette, murmura Villeboeuf, comme à regret. L'œil est là.

Paul ne dit rien, mais l'éloge lui fut sensible, car les peintres répugnent à reconnaître quelque mérite à un autre peintre, s'il n'a pas au moins quarante ans de plus qu'eux. On put s'entretenir du barbicole avec un peu plus de sérénité.

Debout dans sa cuisine, Adélaïde mangeait ses crevettes. Elle était descendue avec Richard Eutrope jusqu'au bas de l'avenue Junot. Il ne s'était pas déclaré, fût-ce évasivement ou par allusions. De temps en temps, il lui posait la main sur les fesses ou la barbe sur l'épaule, pour constater le fait qu'elle lui appartenait. Il parlait nonchalant, un peu comme à soi-même :
Céline, c'est très surfait. L'homme est antipathique, peu intelligent, je m'en doutais du reste. Petit tempérament de populiste qui a déjà atteint son plafond.
Adélaïde se fichait de Ferdinand et de son plafond. Elle écoutait la petite musique un peu tortillée et noyait son cœur dans la barbe soyeuse. En la quittant, il l'invitait à dîner pour le soir même et lui donnait rendez-vous dans un bar de Montparnasse. Comme elle regagnait son domicile, le cor anglais dévalait l'avenue au grand trot. Il s'arrêtait court, lui prenait les mains et disait :
— Délaïde, j'ai le coup de passion, je t'aime au sérieux, c'est du pour la vie.
- Qu'est-ce qui te prend ?
- Ton barbiculé, c'est de la fausse monnaie, dis-lui merde.
— Tu deviens fou.
— Monte sur mon dos, je te dis, je t'emporte au Ciel, j'ai la clé.
- T'es gentil, mais c'est pas possible.
- Tu m'aimeras un jour et rasé, mais on perd du temps. On perd du temps.

En mangeant ses crevettes, elle pensait, fondue en délices, à son poète Eutrope et, par incidences, au cor anglais. Qu'il était drôle, ce cor ! Pas de barbe, mais la fougue, la passion fauve, le feu dans l'œil. Émouvant quand même, il était. Mais quoi, pas de barbe. A y repenser, il lui semblait avoir posé le pied sur un joli chemin finissant en cul-de-sac."


Marcel Aymé, En Arrière, recueil de nouvelles, Gallimard, 1950, p.95 et suiv.

Photo : Céline et Marcel Aymé à Grosrouvre.

La suite très prochainement...

vendredi 22 mai 2009

Rois et reines de France

Présentation de l'éditeur
Après plus de deux siècles de république, les noms des souverains français continuent à hanter nos mémoires et notre imaginaire. De Clovis à Napoléon, de Charlemagne à Louis XIV, Bernard Phan dresse un portrait haut en couleurs des rois qui ont fait la France, dans sa géographie comme dans son histoire. Tous les rois, mais aussi les reines, lorsqu'elles ont eu un rôle politique, sont répertoriés, leur règne analysé et leur talent à exercer le pouvoir, à l'étendre ou à le conserver jaugé et jugé. C'est une histoire de France à travers ses souverains qui est ainsi dessinée, avec à l'appui cartes et arbres généalogiques des différentes dynasties. Un guide pour ne plus jamais visiter Versailles, Fontainebleau ou les châteaux de la Loire en ignorant tout de ceux qui y ont vécu.

Bernard Phan, Rois et reines de France, Points, 2009.

Assises du Roman : Céline en Self service

LyonCapitale.fr, 22/5/2009 : À l'occasion des Assises du Roman, l'auteur britannique Will Self sera amené à décortiquer l'œuvre de Louis-Ferdinand Céline à travers le prisme de son anglicité. Une rencontre a priori improbable qui fournit l'occasion de se demander ce que le meilleur auteur anglais de ces quinze dernières années a en commun avec le plus grand écrivain français du 20ème siècle.

Une première œuvre choc
Will Self : En signant Cock & Bull (Vice Versa en Français) en 1992, Will Self frappe un grand coup. Ce diptyque de nouvelles satiriques met en scène un rugbyman qui se découvre un vagin dans le creux du genou et une jeune femme dont le clitoris se transforme en pénis. Le procédé permet à Self de questionner l'identité sexuelle comme moteur des comportements sociaux. Mais aussi d'être régulièrement pris à partie dans la rue par des rugbymen qui ne supportent pas de voir leur virilité mise en doute. Le livre installe Self à la tête d'une nouvelle garde anglaise peu soucieuse d'académisme.

Louis-Ferdinand Céline : Dès sa sortie, en 1932, Voyage au bout de la Nuit impressionne par son souffle “anglo-saxon”, ratant le Goncourt de deux voix mais raflant le Renaudot. Sorte de Forrest Gump tragique déplorant “la sale âme héroïque et fainéante des hommes” et “la mode d'être courageux pour les autres”, Bardamu y traverse le début du siècle de la guerre et de l'industrialisation avec un détachement horrifié. À propos du roman, Paul Nizan écrira dans L'Humanité : “Cet énorme roman est une œuvre considérable, d'une force et d'une ampleur à laquelle ne nous habituent pas les nains si bien frisés de la littérature bourgeoise”. Tu l'as dit bouffi.

Un style inimitable
Will Self : Self, qui se réclame de Jonathan Swift, auteur de Gulliver qualifié de “Shakespeare de la satire”, est un satiriste d'une violence rare. Un styliste au verbe exubérant qui piétine le protocole. Qu'il ressuscite les morts (Ainsi Vivent les Morts), transforme la City en territoire bonobo (Les Grands Singes) ou théorise sur la quantité invariable de folie contenue dans le monde (La Théorie Quantitative de la Démence), Self parvient toujours à pointer, derrière l'extraordinaire, l'absurde banalité de l'existence.

Louis-Ferdinand Céline : Avec Voyage…, puis Mort à Crédit, Céline brise l'académisme et invente un langage parlé, velléitaire et imagé dont le bon sens désosse un monde lui aussi absurde et partagé entre ruines (la 1ère Guerre Mondiale) et construction (le Nouveau Monde, le Nouveau Siècle). Sans Céline, L'Étranger (d'Albert Camus) ou L'Attrape-Cœur (de JD Salinger) n'auraient sans doute jamais vu le jour.

Une réputation sulfureuse
Will Self : Journaliste, Will Self a pour fait de gloire de s'être vanté, dans l'un de ses articles, d'avoir pris de l'héroïne dans l'avion de campagne du très rigide John Major, alors premier ministre. Difficile d'imaginer le tollé qui s'ensuivit dans la perfide et prude Albion en plein étripage électoral. Son employeur, The Observer, apprécia modérément et l'épisode valut à Self, jouisseur invétéré, infatigable iconoclaste junkie et… conservateur revendiqué, une réputation de fou furieux.

Louis-Ferdinand Céline : Son antisémitisme pamphlétaire, très présent dans Bagatelles pour un Massacre et L'École des Cadavres, et sa proximité avec Vichy, valurent à Céline l'exil (relaté dans son ultime trilogie) et l'indignité nationale. Son discours haineux tranche alors avec le pacifisme, l'anticolonialisme et la dénonciation de l'exploitation industrielle (sujet sur lequel il se contredit beaucoup) à l'œuvre dans Voyage au bout de la Nuit. Et constitue une tache indélébile dans la vie et l'œuvre d'un écrivain réhabilité pour son talent littéraire mais jamais absout.

Vu d'ailleurs (un écrivain étranger traverse l'œuvre d'un auteur français du patrimoine) : Louis Ferdinand Céline par Will Self. Le vendredi 29 mai aux Subsistances.

Également, dans le cadre des Assises du Roman : Antonin Artaud par Rick Moody. Mardi 26 mai aux Subsistances. Émile Zola par Colum McCann. Mercredi 27 mai aux Subsistances.

Source

Louis-Ferdinand Céline - Marcel Aymé : Avenue Junot

Extraits de Avenue Junot, nouvelle tiré de En arrière de Marcel Aymé paru chez Gallimard en 1950. La scène se passe à Montmartre :

"Chez [Gen] Paul, il y avait un peu d'animation. L'atelier avait d'ailleurs son aspect ordinaire. Du plancher au plafond, c'était toujours le même entassement de toiles, de cadres, de livres, de cartons bourrés, éventrés, de bidons, de palettes encroûtées, de bouteilles d'huile, de torchons, sous lesquels avaient depuis longtemps disparu le piano et d'autres meubles dont Paul lui-même ne soupçonnait pas l'existence. Dans cet amas écrasant était percé un ravin, boyau profond, escarpé, semé de pièges, hérissé de pinceaux, de brosses, de bâtons de chaises, et que des piles d'objets, toujours vacillantes, menaçaient à chaque instant d'obstruer. Le ravin aboutissait à un espace rectangulaire ménagé au fond de l'atelier, espace disputé par l'encombrement d'autour, qui le rétrécissait d'année en année. Là étaient réunis, empiétant l'un sur l'autre, le boudoir où l'on accueillait les visiteurs et l'atelier proprement dit, avec le chevalet, les palettes, les toiles en train et les torchons maculés de couleur.

Ce matin-là, un peu avant midi, à l'entrée du ravin, Gen Paul jouait du piston, accompagné d'un garçon de vingt-six ans, qui soufflait dans un cor anglais. A l'autre bout de l'atelier, dans le boudoir, René Fauchois et André Villebœuf, tantôt ambulant à petits pas, tantôt s'asseyant sur le divan couleur de jus de pipe, causaient à bâtons rompus. Fauchois préparait une pièce en quatre actes sur Couperin, et Villebœuf une exposition de pommiers normands. Dans le fauteuil de cuir — un fauteuil immense, crapaudin, écrasé et écartelé par le poids des ans, et un peu obscène aussi, car il faisait cruellement penser à une virago dans les douleurs de l'enfantement — étais assis un garçon d'une trentaine d'années, d'une mise et d'une figure assez suaves. Il portait une très jolie barbe, longue et soyeuse, qui lui faisait une tête de Jésus en pâte de bonbon.

Tout en devisant, Fauchois et Villebœuf, qui ne le connaissaient pas, lui faisaient la politesse d'un regard auquel il répondait par un sourire qui répandait comme un miel sur sa barbe brillante. De temps à autre, Gen Paul s'ôtait le piston de la bouche et gueulait par-dessus le cor anglais :

— Attention à la barbouille ! Allez pas salir vos alpagues ! C'est encore moi qui me ferai incendier par vos ménagaux.

Fauchois et Villebœuf évoquaient avec des lèvres humides le souvenir d'un déjeuner qu'ils avaient fait l'année passée à Caudebec et le barbiflore, qui n'entendait rien de leurs propos, à cause du cor et du piston, souriait toujours du même sucre. C'est alors qu'habillé d'un imperméable flasque et d'un pantalon effrangé, ruiné, ses gants de motocycliste pendus au cou, un bidon d'essence à la main, ses épaules cuirassières ployant un peu sous le poids de ses ruminations, Ferdinand Céline déboucha dans le boudoir et dit :

— Salut, les hommes ! Vous avez lu ça, les journaux, ils nous balancent un drôle de bignolage, une fanfare au caillé noir qui baratine l'enfer dans les petites têtes du trèpe, qu'avant six mois, oui, mes vaches, avant six mois, les tinettes à Lebrun, elles dégorgeront du sang frais et de la fricassée et du mutilô et vas-y Durand, mes tripes d'un côté, mes gambilles de l'autre, Löwenstein à Valparaiso et marez-vous bien, la merde qui monte, plus d'hommes, plus de Francecaille, un dernier glouglou, un joli glouglou bien merdeux, fini, plus question. En attendant, sus aux barbares, sonnez clairons, emballez mes osses et plantez un saule.

Céline prit respiration. Cependant le barbiflore se levait, s'inclinait à se casser la barbe et disait d'une voix soyeuse :
— Monsieur Céline. Je suis heureux de. J'aime tant ce que vous faites, j'adore, je raffole. Un dynamisme. Un nuancement. Un farouchisme. Ah ! la gueule de ça. Mais je vous demande pardon. Richard Eutrope. Poète. Je suis Richard Eutrope.
— Je suis heureux, encore que confus, dit Céline avec cérémonie et la voix biseautée. Vous travaillez dans l'anémie ?

Fauchois et Villebœuf, qui avaient chacun un excellent coeur, se navraient un peu pour le pauvre garçon. Le barbiflore avala un coup de salive, mais il n'eut pas le temps de répondre. Le cor et le piston s'étaient tus. Paul criait de l'autre côté du ravin :
— Attention, les hommes ! Pincez vos cravates. Je vous annonce de la mignonne.

Fauchois ajusta son monocle dans un sourcil arborescent. Céline et Villebœuf se passèrent un peu de lumière sur la figure. Mais, en voyant apparaître Adélaïde, leurs physionomies devinrent sérieuses. Après les compliments et les amitiés, leurs trois têtes, d'un même mouvement, se tournèrent au barbiflore, et ils le regardaient méchamment à la barbe. Adélaïde prit place dans l'énorme fauteuil. Gen Paul, ayant farfouillé des cartons et remué de la poussière, se mit à aboyer :
— Qui c'est qui m'a caloté mon papelouse ?

On s'affaira. Villebœuf découvrit une demi-rame de papier au fond d'un arrosoir. Fauchois trouva le stylo dans une blague à tabac. Paul s'installa sur le divan pour dessiner. A sa gauche était assis le cor anglais, un nommé Boquillard, solide garçon, silhouette campagnarde, bonne mâchoire. Clerc de notaire en rupture avec le notariat, il bricolait dans un garage voisin et cherchait sa voie dans les instruments à vent. Pour le moment, Boquillard fixait sur Adélaïde un regard ardent. Elle, l'œil luisant, le teint animé, n'en avait qu'à Richard Eutrope, lequel caressait sa barbe à deux mains avec un mouvement de friselis dans ses doigts, qui fascinait la pauvre fille. Et des regards, il avait, des mélancolies et du rêve dans l'œil, Adélaïde en était déjà au quart consumée.
— Je te connais pourtant pas d'hier, disait Gen Paul, mais je t'avais jamais bien visée. T'as un coup de langueur dans les châsses, je te dirai même un coup de langueur et de vitriol.
Comme il revenait à cette idée, Boquillard fit entendre un grognement, car il découvrait soudain où allaient les regards d'Adélaïde.
L'œil viceloque, chez la femme en fleur, ça se tolère toujours bien, fit observer Céline. Elles ont de l'arrondi, des rappels de croupe dans le minois, avec du mystère d'entre-deux. Là dedans, l'œil vicieux se trouve niché, il tombe à sa place. Mais chez l'homme, même un jeunot comme Boquillard, la luisante salace, c'est pas regardable. Ça manque d'accords, l'œil est tout seul. C'est ce qui me fait honte quand je sors avec Popaul ou avec Fauchois. Ces fumiers-là..."

Marcel Aymé, En Arrière, recueil de nouvelles, Gallimard, 1950, p.95 et suiv.

Photo : Céline et Marcel Aymé.

La suite très prochainement...

jeudi 21 mai 2009

Une certaine légèreté...

Jean-Marie Le Pen: " Vous savez que Céline, que je suis allé voir plusieurs fois à Meudon, que j'ai connu râleur et vieux bougon, est mort en murmurant ces mots : " Ils sont lourds, ah ! qu'ils sont lourds !" Je suis comme lui, j'aime une certaine légèreté."

Télérama, 15 mars 1995.

mercredi 20 mai 2009

Il avait l'air bien ordinaire...

"Évidemment Alcide évoluait dans le sublime à son aise et pour ainsi dire familièrement; il tutoyait les anges, ce garçon, et il n'avait l'air de rien. Il avait offert sans presque s'en douter à une petite fille vaguement parente des années de torture, l'annihilement de sa pauvre vie dans cette monotonie torride, sans conditions, sans marchandage, sans intérêt que celui de son bon coeur. Il offrait à cette petite fille lointaine assez de tendresse pour refaire un monde entier et cela ne se voyait pas.
Il s'endormit d'un coup, à la lueur de la bougie. Je finis par me relever pour bien regarder ses traits à la lumière. Il dormait comme tout le monde. Il avait l'air bien ordinaire. Ça serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants."

Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932.

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Histoire des pays de l'Est

Présentation de l'éditeur
Qu'est-ce qu'un demi-siècle à l'échelle de l'histoire d'un pays ? Entre 1947 et 1989-1991, ces peuples, de Potsdam à Varsovie et Sofia, ont vécu une expérience à la fois unique dans l'histoire, presque aussi traumatisante qu'un conflit, et qui a, de longues années, fasciné supporters et adversaires. Une moitié de l'Europe a vu ses territoires redécoupés, occupés par l'URSS ; son économie et sa société ont été modelées selon des critères et des objectifs élaborés ailleurs ; ses hommes politiques sont allés chercher leurs directives à Moscou. Et pourtant, ces peuples, qui avaient derrière eux une longue histoire et qui furent broyés par quatre ans de guerre, ont survécu, ils ont créé et ils se sont libérés.

Henry Bogdan, Histoire des pays de l'Est, Perrin, 2008.

mardi 19 mai 2009

Plaidoyer pour Louis-Ferdinand Céline

Article tiré de En avant FFI n°13 du 16/12/1944, hebdomadaire des FFI du Sud-Est :

M. Charles Maurras, qui est encore de l'Académie, et M. Louis-Ferdinand Céline qui n'en est pas encore, se trouvent en ce moment en délicate posture : Ils attendent d'être jugés. Et le cas du premier apparaît comme si critique que l'assemblée des Habits Verts pourrait bien être sommée de l'éjecter de son sein. Dès lors, la candidature de M. L.-F. Céline prendrait la valeur d'une protestation contre un coup de force. L'habit changerait d'échine, mais l'esprit serait sauvé. Et nul doute que M. Claude Farrère se ferait une joie de patronner une telle candidature, lui qui écrivit un jour : « Hitler et Mussolini sont bien libres dé massacrer qui bon leur semble ! » En somme, l'Académie devient le dernier refuge de la liberté.

En outre, si elle ouvrait ses portes à l'auteur du « Voyage au bout de la nuit » et de « L'Ecole des cadavres », on ne pourrait plus lui reprocher d'être le dépotoir des lettres et la maison de retraite du conformisme édenté et zézayant. Car M. L.-F. Céline est un costaud. Ecoutez avec quel dynamisme il fulmine contre les youtres : « Qu'on les enferme, qu'on les fricasse, qu'on les branche, qu'on les fouette jusqu'à l'os, que ça gicle, que ça éclabousse.»

Comme M. Charles Maurras, M. Gélive est un pur doctrinaire, et ce n'est pas sa faute si d'aucuns l'ont écouté et suivi. Enfin, ce Gide de la canaille a décidément créé un genre. On a comparé sa langue à des dissections d'hôpital. Il semble même que M. Céline, médecin aliéniste, soit oublieux de son propre cas, qui relève de la camisole de force. Les Immortels, dont le goût est infaillible, ont toujours fait grise mine aux auteurs rabelaisiens, à ceux dont les histoires truculentes chantent la joie de vivre et respirent la santé — qu'ils se nomment Jules Romains, Louis Pergaud, Gabriel Chevallier ou Maurice Fontbeurre. Mais ils se doivent d'accueillir un individu aux mains sales qui ne peut toucher à rien sans le souiller, et dont les gros bouquins dégagent une odeur à laquelle les narines les moins chatouilleuses finissent par ne plus pouvoir résister. Ça, au moins, c'est de l'art et de l'éclectisme !

Un dernier argument. M. L.-F. Céline est l'auteur de ce jugement aussi clairvoyant qu'intrépide : « Quel est le véritable ami du peuple ? Le fascisme. Qui a le plus fait pour l'ouvrier ? Hitler. Qui nous préserve de la guerre ? Hitler. C'est un bon éleveur de peuples, il est du côté de la vie, il est soucieux de la vie des peuples et même de la nôtre. C'est un Aryen ».

Et M. Céline qui n'aime rien, ni la nature, ni la vie, ni les hommes (à la seule exception d'Hitler) s'aime passionnément lui-même. Il avoue quelque part : « Je suis orgueilleux comme trente-six paons ». Il y a vraiment de quoi.

Vite, Messieurs, élisez-le, pour le plaisir de lui voir faire la roue !

Paul Chevalier.

lundi 18 mai 2009

Le Petit Célinien n°4

Retrouvez notre "semaine Louis-Ferdinand Céline" en format pdf en cliquant ici:

Le Petit Célinien n°4 - Semaine du 11/5/2009.

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"Il est faux de croire que le paganisme est mort"

« Il est faux de croire que le paganisme est mort. Il est l’une des deux religions officiellement reconnues en Islande. Il est l’unique religion en Mongolie. Il existe aussi en Russie et il est susceptible de renaissance car il a de fortes racines dans l’âme slave. Il a de nouveaux et authentiques bourgeons dans les pays germaniques et celtiques. Il revit chez de nombreux Européens ralliés aux traditions d’Amérique. La deep ecology est implicitement païenne et chez beaucoup même explicitement. Dans la littérature contemporaine il s’exprime fortement chez Lawrence, Giono, Steinbeck (“Au dieu inconnu”). Et n’oublions pas ce puissant vent de résurrection païenne que constitue l’œuvre de Nietzsche. Il ne s’est pas contenté de ressusciter pour nous la Grèce antique et ses deux divinités primordiales (dans le domaine social) Apollon et Dionysos. Il a aussi réveillé le plus profondément la veine germanique en dénonçant le Christianisme comme un blasphème contre la vie, donc contre le divin immanent. Or dans la Germanie antique la joie était pieuse et la tristesse blasphématoire (et par là porteuse de malheur). Le peuple ne se prêterait pas davantage à une résurrection du Christianisme paganisé qu’à celle du paganisme. C’est une démarche impossible parce que la contradiction est devenue trop connue et criante. Ce serait une fatale maladresse qui fortifierait des Églises moribondes ennemies depuis toujours de notre race et de notre âme, retardant les échéances inévitables, maintenant et aggravant la confusion dans les esprits. En un mot comme en cent, ce serait combattre un effet avec sa propre cause. »

Robert Dun
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dimanche 17 mai 2009

Louis-Ferdinand Céline : lettre à Henri Poulain - 15 juin 1942

Lettre à Henri Poulain, 15/06/1942, extraits :

"La France hait d'instinct tout ce qui l'empêche de se livrer aux nègres. Elle les désire, elle les veut. Grand bien lui fasse ! qu'elle se donne ! par le Juif et le métis toute son histoire n'est au fond qu'une course vers Haïti. Quel ignoble chemin parcouru des Celtes à Zazou ! de Vercingétorix à Gunga Diouf. Tout y est ! Tout est là ! Le reste n'est que farce et discours. la France brûle de finir nègre, je la trouve fort à point, pourrie, croulante de métis. L'on me fait bien rigoler lorsque l'on m'annonce 5 ou 800 000 juifs en France ! La bonne plaisanterie ! Rien que Saint Louis, le bien nommé, en fît baptiser 800 000 d'un seul coup dans la Narbonnaise ! Pensez s'ils ont fait des petits ! Encore 50 ans, plus un seul français qui ne soit métis de quelque chose en "ide", araboïde, arménoïde, bicoïde, polonoïde... Et "français" bien entendu cent mille fois plus que vous et moi. [...]

Si la guerre civile avait duré ce serait d'ailleurs déjà fait. Nous aurions deux millions de morts, aryens, remplacés immédiatement (dixit Mandel) par deux millions d'asiates et nègres, le grand programme juif.[...]
Tous les métis, les allogènes, les Maurras etc. sont animés d'une haine sourde, animale, irréductible pour tous les Celtes et les Germains. [...]
La France actuelle si métissée ne peut être qu'anti-aryenne, sa population ressemble de plus en plus à celle des Etats-Unis d'Amérique. Même voeux, même politique profonde. Ahuris de partout rassemblés sous commandement juif, plus quelques débris d'indigènes nordiques et celtes à la traine, fondants d'ailleurs, en voie de disparition (là-bas des peaux rouges). Voyez nos équipes nationales sportives, bariolages grotesques, hâtifs racolages de n'importe qui, pêchés n'importe où, d'Afrique en Finlande !"

"Le coup de grâce, sans conteste, nous fût porté par la guerre 14-18 : deux millions de morts, plus cinq millions de blessés et d'abrutis par les combats et l'alcool, soit toute la population masculine vaillante, (en majorité aryenne bien entendu) lessivée, anéantie. Et parmi ceux-ci certainement tous nos cadres réels, tous nos chefs aryens. La question des chefs ! La masse ne compte pas. Elle est plastique, quelconque, elle fait viande, poids de viande, c'est tout. La guerre, la vie le prouvent. La masse, la troupe ne vaut que par ses cadres, ses chefs. La troupe la mieux encadrée gagne la guerre. C'est le secret, c'est le seul. Nos chefs, nos cadres sont morts pendant la guerre super criminelle 14-18. Ils ont été immédiatement remplacés au pied levé par l'afflux des arménoïdes, araboïdes, italoïdes, polonoïdes etc. tous énormément avides, bercés depuis toujours au rêve, dans leurs bleds infects, de venir jouer ici les chefs, de nous asservir, nous conquérir, (sans aucun risque). Une magnifique affaire ! Nos héros 14-18, leur cédèrent sans barguigner leurs places toutes chaudes. Elles furent comblées immédiatement. 4 millions de polichinelles anti-français de corps et d'âmes, français de jactance seulement, on a bien vu ce que valaient les cadres Boncourt, les naturalisés Mandel pendant la guerre 39-40 !
Les femmes se marient avec ce qu'elles trouvent ! Certes ! Nouvelle floraison de métis ! Quelle comédie ! Quel lupanar ! Ainsi soit-il !

"Ils viennent jusque dans nos bras ! Egorger etc." Ce ne sont pas du tout les "féroces soldats" qui ravagent et détruisent la France mais bien les renforts négroïdes de notre propre armée. Pour être juste, ils n'égorgent rien du tout, ils saillent. Et c'est l'imprévu de la "Marseillaise" ! Rouget n'avait rien compris, la conquête, la vraie de vraie, nous vient d'Orient et d'Afrique la conquête intime celle dont on ne parle jamais, celle des lits. Un empire de 100 millions d'habitants dont 70 millions de cafés au lait, sous commandement juif est un empire en train de devenir Haïtien, tout naturellement. Sommes-nous complètement abrutis ? C'est un fait, par l'alcool et le metissage, et puis pour bien d'autres raisons... (voir les Beaux draps, interdits...)
Anesthésiés, insensibles au péril racial? Nous le sommes, c'est l'évidence. 50 000 étoiles jaunes n'y changeront rien. La France entière pour un peu, plus dreyfusarde que jamais, par sympathie si chrétienne, arborerait avec fierté le signe judaïque. Légion d'honneur nouvelle, zazou, beaucoup plus justifiée que l'autre. Et tout pour Blum et pour de Gaulle !

Mûrs pour être colonisés ? Nous le sommes ! Par n'importe qui ! Parler de racisme aux français, c'est parler de sang pur aux bicots, mêmes réactions. Vous ne faîtes plaisir à personne. Vichy s'occupe paraît-il du racisme, à sa façon, comme il s'occupe de mes livres, il a doté M. Carrel, fakir Lyonno-New-Yorkais, de 50 millions de crédits (Bouthillier-Reynaud) pour s'occuper de la chose. Allez un petit peu demander à ce Claude Bernard ce qu'il pense du problème juif!... Vous serez servis. A peu près ce qu'en pensent, j'imagine, Mr Spinasse et le général Mac Arthur ! "Pensez racontent ses assistants que si Mr Bergson était encore là, les allemands lui feraient porter l'étoile jaune !"
Autant par les crosses !
Alors beau chose, dites-nous vous même, un petit peu, ce que vous préconisez ?

"Alors beau chose, dites-nous vous même, un petit peu, ce que vous préconisez ? Ah ! que c'est plus délicat... malcommode... ardu... cruel... Que Dieu me garde du pouvoir ! des lourdes confiances populaires !
Je les mettrais toutes en bouillie ! Je découperais d'abord la France en deux morceaux. Pour la commodité des choses, la tranquilité des parties. Le slogan "Une, Indivisible" m'a toujours semblé un truc de "maçons".
Au point où nous sommes arrivés dans la décadence, nous serons forcément tétards dans l'"Indivisible" nous les gens du Nord, puisque c'est le sud qui commande, c'est à dire le juif. Les Romains trop métissés se sont donnés deux capitales, j'en ferais tout autant. Marseille et Paris. L'une pour la France méridionale, latine si l'on veut, bysantine, "Suralgérique", tout aux métis, tout aux zazous, où l'on aurait tout le loisir, toute la liberté d'héberger, chérir à fond tout les plus beaux youtrons du monde, de les élire tous députés, commissaires du peuple, archevêques, druides, génies, de se faire endaufer par eux, à l'infini, en attendant de tous passer nègres, l'affaire de trente ou cinquante ans, au train où poulopent les choses, d'atteindre enfin le but suprême, l'idéal des Démocraties . L'autre pour la France "nord de la Loire" la France travailleuse et raciste, sans Blum, sans Bader, si possible, sans Frot non plus, c'est à tenter. Je crois qu'il est peut-être temps que s'opère quelques grandes réformes... La France idéal St-Domingue ne m'intéresse vraiment pas. Peut se la farcir qui se présente, je m'en fous très énormément. Je regrette tout simplement d'avoir laissé tant de ma viande (75 pour 100) pour défendre cette saloperie qui ne rêve que de Lecache. [fondateur de la Ligue Contre l'Antisémitisme, qui deviendra la LICRA] Une si grande guerre, tant de misère, pour aller de Rotschild à Worms ! Il faudra vraiment du nouveau pour me faire devenir patriote. Je crois que ce sera pour une autre fois, pour un autre monde peut-être, celui des morts si je comprends bien, la vraie patrie des entêtés."

Hokusai - Les 36 vues du Mont Fuji : 17è vue le lac Suwa province de Shinano

Le dieu Cerf

Parmi les grandes figures mythiques qui donnent à l’Europe son âme immémoriale, le cerf tient une place royale. Car il est souverain, le grand cerf peint dès le paléolithique sur les parois de Lascaux, gravé sur les ossements de Lortet, dans les Pyrénées.

Le grand préhistorien André Leroi-Gourhan, disparu récemment, a noté que dans les gisements paléolithiques, parmi les dents d’animaux préparées pour la suspension par une gorge ou une perforation à l’extrémité de la racine – ces "croches" sont portées autour du cou, en pendeloque – on trouve 25 % de canines de cerf. Ceci aussi bien en France qu’en Espagne, Allemagne, Moravie et Union soviétique. "Elles apparaissent dès le Châtelperronien et se retrouvent partout jusqu’au Magdalénien, leur emploi se prolonge d’ailleurs jusqu’à nos jours où elles constituent encore un trophée très estimé. Elles semblent avoir été précieuses à un tel point que, dès l’origine, on en rencontre des copies nombreuses découpées dans l’os ou l’ivoire ou évoquées par de petits galets de même forme." Le cerf est symbole de virilité dès le Paléolithique supérieur et, "dans les cavernes ornées, il se range parmi les animaux assimilés à des symboles mâles" (Les Religions de la préhistoire, PUF, 1971).

De l’Italie à la Suède, les gravures rupestres de l’époque protohistorique associent souvent le cerf à des symboles solaires. C’est ainsi le cas au Val Camonica, où de multiples représentations de scènes de chasse exaltent le cerf, en hardes ou isolé. Mais la chasse prend une dimension sacrée. "Nous avons là, écrit Jacques Briard, l’évocation du rite noble de la chasse, mais aussi du caractère sacré du cerf, symbole mâle et cornu, essentiel dans la religion de cet âge. La taille imposante de certaines représentations de cerfs et le fait qu’on rencontre aussi des figurations d’hommes-cerfs le confirment. Ce n’est plus l’animal chassé, mais le dieu-cerf" (L’Age du Bronze en Europe barbare, Hespérides, 1976).

Le cerf, image de puissance et de fécondité, donc de vie, est aussi un animal psychopompe – c’est-à-dire conducteur des âmes des morts. Ce qui n’a rien de paradoxal dans une perspective païenne, où la vie et la mort ne sont que deux moments, deux maillons dans l’éternelle chaîne de l’Etre. D’où la présence de bois de cerfs dans les tombes – pratique qui se maintiendra au haut Moyen Age, comme l’ont montré les travaux archéologiques d’Edouard Salin sur les sépultures d’époque mérovingienne. Des squelettes de cerfs ont été retrouvés dans des cimetières en Normandie, en Suisse, en Angleterre. Des phylactères (talismans) ont été aussi mis au jour : médaillons en bois de cervidés, portés en pendentifs ou cousus sur les vêtements, ils étaient très en vogue tant chez les Gallo-Romains que chez les Germains. Le bois de cerf est porteur de renaissance (sur l’animal, il est rajeuni chaque année) et de fécondité (sur certaines rondelles un phallus est gravé). Il est relié à la force solaire : les médaillons des cimetières de Schretzheim et de Schwarzrheindorf (Allemagne), de Papiermühle (Suisse), d’Audincourt (France) sont décorés de rosaces et de cercles oculés ; à Sainte-Sabine, en Bourgogne, un médaillon était incrusté de 13 rondelles d’or.

Dans les mythologies européennes, le cerf est omniprésent. Plusieurs bas-reliefs d’époque gallo-romaine montrent le dieu Cernunnos, le dieu-cornu (le christianisme médiéval en fera la figure diabolique par excellence) : dispensateur de fécondité et de richesse, il tient une bourse en cuir d’où coulent les pièces d’or. Chez les Germains, dans la forêt de Glaser, proche du Valhalla, le cerf Eikthyrnir, dont les ramures s’apparentent aux branches du chêne, est comparé à l’Arbre de Vie.

Comme pour bien d’autres mythes et symboles, l’Eglise a voulu tout à la fois rejeter la haute figure du cerf dans les ténèbres sataniques et la récupérer, en l’intégrant dans la galerie des saints – cette forme si populaire de la religiosité médiévale. D’où la légende de saint Hubert, où l’on retrouve le thème bien connu de la Chasse Sauvage (voir Jean-Jacques Mourreau, La Chasse sauvage, Copernic, 1972) : la croix lumineuse qui brille entre les bois du cerf est le substitut chrétien du soleil païen. Aujourd’hui, la forêt d’Ardenne abrite ce haut lieu du monde forestier qui s’appelle Saint-Hubert – petite ville envahie par les touristes mais où flotte, non sans un certain charme, le subtil parfum d’un syncrétisme pagano-chrétien, dont prend immédiatement conscience le visiteur averti. C’est dans les forêts entourant Saint-Hubert que Jean-Luc Duvivier de Fortemps est parti à la rencontre du grand cerf, auquel il voue, à juste titre, un véritable culte. En se fondant dans le milieu, le cadre de vie de celui qui est "mi-bête, mi-forêt", comme disait Ronsard. Et pour étudier ce rite essentiel de la vie du cerf qui s’appelle le brame. Moment d’exaltation, où le cri du cerf, précédent le rut, est tout à la fois défi aux éventuels rivaux, affirmation de soi, appel et célébration de l’éternelle loi de la vie. Jean-Luc Duvivier de Fortemps, parce qu’il appartient à cette race d’hommes qui sait communier avec les forces élémentaires, les forces divines dans lesquelles baigne l’initié au cœur des forêts, a rapporté de ses errances un grand livre, où de somptueuses photos viennent éclairer, magnifier, un texte inspiré. Nous suivons avec lui, à la trace, les déplacements des cerfs. Nous respirons les fortes odeurs qui imprègnent le sous-bois. Nous foulons l’herbe humide de la rosée de l’aube et les lisières que vient enflammer le soleil couchant. Nous assistons, enfin, au rite nuptial, solennel et violent, qui bouleverse la forêt. Puis celle-ci retrouve sa sérénité. La célébration des "mystères du brame" est terminée. Jean-Luc Duvivier de Fortemps en a été un témoin attentif et respectueux : "Durant ces quelques semaines merveilleuses, inoubliables, je vis hors du temps et des choses, loin du tumulte des villes, et des hommes. Toujours, je vivrai dans l’attente du brame."

En écrivant son livre, il a fait acte de piété. Je l’ai lu avec recueillement. Car c’est un livre proprement religieux. Je ne saurais faire de plus grand hommage.


Pierre Vial
Eléments n°57-58 – Printemps 1986

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samedi 16 mai 2009

Louis-Ferdinand Céline - Siegmaringen : quel pittoresque séjour !

Peut-être pas encore se vanter, Siegmaringen?... pourtant quel pittoresque séjour!... vous vous diriez en opérette... le décor parfait... vous attendez les sopranos, les ténors légers... pour les échos, toute la forêt!... dix, vingt montagnes d'arbres !... Forêt Noire, déboulées de sapins, cataractes... votre plateau, la scène, la ville, si jolie fignolée, rose, verte, un peu bonbon, demi-pistache, cabarets, hôtels, boutiques, biscornus pour « metteur en scène »... tout style « baroque boche » et « Cheval blanc »... vous entendez déjà l'orchestre !... le plus bluffant : le Château!... la pièce comme montée de la ville... stuc et carton-pâte !... pourtant... pourtant vous amèneriez le tout : Château, bourg, Danube, place Pigalle ! quel monde vous auriez !... autre chose d'engouement que le Ciel, le Néant et l'à Gil!... (1) les « tourist-cars » qu'il vous faudrait !... les brigades de la P. P. ! ce serait fou, le monde, et payant !

Nous là je dois dire l'endroit fut triste... touristes certainement ! mais spéciaux... trop de gales, trop peu de pain et trop de R. A. F. au-dessus!... et l'armée Leclerc tout près... avançante... ses Sénégalais à coupe-coupe... pour nos têtes !... pas les têtes à Dache!... je lis là actuellement tous nos « quotidiens » pleurer sur le sort des pauvres Hongrois... si on nous avait reçus comme eux ! tant larmoyé sur nos détresses, on l'aurait eu belle, je vous dis ! dansé des drôles de claquettes ! s'ils avaient eu au prose l'article 75 ces pathétiques fuyards hongrois Coty les garderait pas souper!... merde!... s'ils étaient simples Français de France il les ferait vite couper en deux!... en dix s'ils étaient mutilos! surtout médaillés militaires ! la sensibilité française s'émeut que pour tout ce qu'est bien anti-elle! ennemis avérés; tout son cœur! masochisse à mort !

Nous là dans les mansardes, caves, les sous d'escaliers, bien crevant la faim, je vous assure pas d'Opérette!... un plateau de condamnés à mort !... 1142 !... je savais exactement le nombre...

Je vous reparlerai de ce pittoresque séjour! pas seulement ville d'eau et tourisme... formidablement historique !... Haut-Lieu!... mordez Château!... stuc, bricolage, déginganderie tous les styles, tourelles, cheminées, gargouilles... pas à croire !... super-Hollywood !... toutes les époques, depuis la fonte des neiges, l'étranglement du Danube, la mort du dragon, la vidoire de SaintFidelis (2), jusqu'à Guillaume Il et Goering.

De nous autres, tous là, Bichelonne avait la plus grosse tête, pas seulement qu'il était champion de Polytechnique et des Mines... Histoire ! Géotechnie !... pardon !... un vrai cybernétique tout seul ! s'il a fallu qu'il nous explique le quoi du pour ! les biscornuteries du Château! toutes ! qu'il penchait plutôt sud que nord?... si il savait? pourquoi les cheminées, créneaux, pont-levis, vermoulus, inclinaient eux plutôt ouest?... foutu berceau Hohenzollern! pardi! juché qu'il était sur son roc ! ... traviole ! biscornu de partout !... dehors !... dedans ! ... toutes ses chambres, dédales, labyrinthes, tout! tout prêt à basculer à l'eau depuis quatorze siècles !... quand vous irez vous saurez !... repaire berceau du plus fort élevage de fieffés rapaces loups d'Europe ! la rigolade de ce Haut-Lieu! et qu'il vacillait je vous le dis sous les escadres qu'arrêtaient pas, des mille et mille « forteresses », pour Dresde, Munich, Augsburg... de jour, de nuit... que tous les petits vitraux pétaient, sautaient au fleuve !... vous verrez !...

Louis-Ferdinand Céline, D'un château l'autre, 1957.

Sur le sujet :

A voir :
>>> Lucette à Sigmaringen, émission Le Fond et la forme de 1971.

A lire :
>>> Céline, Degrelle et quelques autres à Sigmaringen

vendredi 15 mai 2009

Jacques Ovadia : quand j'ai rencontré Céline

Quand Louis-Ferdinand Céline m'a reçu chez lui, à Meudon, route des Gardes, il m'a demandé de lui parler d'Israël. Il a dit, après avoir écouté: "Ben voilà, un homme nouveau se fabrique là-bas... un bâtisseur... un cultivateur... un guerrier..." Devant la résistance victorieuse des forces juives contre les armées arabes pendant la Guerre d'Indépendance, l'écrivain avait adressé à l'hebdomadaire "France-Dimanche" un court article où il s'écriait d'emblée: "Vive les Juifs, bon Dieu!". Et cette exclamation avait fait la manchette de la "Une" de l'hebdo. Quand je l'ai vu, il était tassé sur son siège; visiblement, il souffrait des suites de ses blessures reçues au champ de bataille en 1914... Un bras fonctionnait mal, il avait été trépané et souffrait de terribles migraines. Je voyais maintenant un homme aigri, fatigué, mais n'ayant rien perdu de sa vivacité. Parlant littérature, il me disait: "Ecrire, c'est un travail de bagnard, il faut être très méticuleux, ne pas jouer avec la grammaire, revoir les phrases... Tenez, un de mes parents, Auguste il s'appelait, qui était employé aux écritures dans une sous-préfecture, était un maniaque de la virgule... elle devait être à sa place, toujours, 1a virgule... Et puis, il y a l'émotion, sans l'émotion, on ne peut pas vraiment écrire, l'émotion c'est le style... Lisez donc Rabelais dans le texte..." Parmi ses contemporains, peu trouvaient grâce. Proust avait tout en quelque sorte pour lui déplaire; juif, pédéraste. Mais c'était surtout le fait qu'il fût décadent qui le repoussait. Il s'opposait aussi à son style. "Moi, je suis un homme, j'écris comme un homme, disait-il. L'homme ne s'exprime pas comme Louis XIV". Par contre, il lui reconnaissait le talent de savoir "chier les phrases".

Avant de le voir, j'avais correspondu avec Louis-Ferdinand Céline. Parlant d'édition, il m'écrivait: "Pour être édité, il faut être académicien ou pédéraste fameux".

Une autre fois, nous avons parlé du communisme. Céline avait dit: "L'idéal du communisme, c'est de jouir dix fois plus qu'un bourgeois". Il me parlait de l'URSS où il s'était rendu pour toucher ses droits d'auteur. Le "Voyage au bout de la nuit" avait été traduit en russe, c'était le livre de chevet de Staline... Il exprima sa grande déception, mentionna l'état déplorable des hôpitaux russes, ajoutant: "Le communiste est dans le fromage, il a la carte du Parti, il a des privilèges, il est à part, le communiste, ce n'est pas le peuple...". Il a terminé par cette phrase que je n'oublie pas: "L'homme enlèvera toute sa signification au communisme, c'est le peuple qui aura raison, un jour, vous verrez, il jettera le communisme aux. poubelles".

Louis-Ferdinand Céline voulait faire traduire le "Voyage" en hébreu, le faire paraître en hébreu. Je suis allé voir les éditeurs. Bien entendu, aucun n'a accepté. L'un d'eux, dans un modeste bureau de la rue Yavneh, à Tel-Aviv, a répondu que ce n'était pas le moment: "Un jour, peut-être".

Je me rappelle encore, quand je l'ai vu pour la première fois, son irritation: "Cessez de m'appeler "Maître", que les autres le fassent, pas vous... Si vous tenez tellement à me décorer d'un titre, appelez-moi "docteur". Il avait la voix éraillée, il était enveloppé dans ce que j'ai pris pour une grosse couverture verdâtre, c'était peut-être un macfarlane. A la fin, voyant ma curiosité, il m'a révélé qu'il se couvrait d'une houppelande de berger landais. Il est mort quelques heures après avoir achevé le manuscrit de son dernier ouvrage: "Rigodon". Je crois qu'il prévoyait sa mort. La seconde fois que je l'ai vu, il se plaignait de violents maux de tête. Je ne sais pourquoi nous avons parlé de la guerre. "On a gueulé que j'étais collaborateur... encore une insulte... je n'ai collaboré avec personne... et puis pour moi, les Allemands, c'était pas Hitler... Il y a une fameuse différence... Ah! On m'en a fait baver à ce propos... Dites, ça s'est amélioré après la guerre?... On m'a tout brûlé, tout saccagé... Les lendemains qui chantent? J'en ris, j'en ris jaune..." Je n'ai pas voulu lui parler du conflit israélo-arabe. Je crois qu'il n'avait pas envie d'en parler. Mais il tenait à me revoir, j'ai perdu les lettres de cette période. Ce qui l'intéressait, c'était surtout les nouvelles d'Israël. Il en avait des échos assez justes. "Israël est dirigé comme une communauté juive d'Europe Centrale. Vous avez un homme qui est un peu comme De Gaulle, qui connaît bien son peuple et qui veut que le peuple se dépasse, c'est Ben Gourion". Israël avait pour lui un très long chemin de sueur et de sang à accomplir avant de se retrouver libre. Il avait toujours eu en tête l'idée d'un homme libre, d'un homme très populaire et l'existence d'un Etat Juif lui avait ouvert les yeux.

Jacques Ovadia.

(extrait de la revue universitaire israëlienne Levant, n°4, octobre 1991)

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jeudi 14 mai 2009

Louis-Ferdinand Céline : "encore je me serais appelé Vlazine... Vlazine Progrogrof..."

« Il s'est foutu tout le monde à dos !... on l'a pas assez saccagé ce raciste indigne !... dépeçons sa veuve !... »
Je regimbe un petit peu?... pas du tout!... mes idées racistes sont pour rien ! Tartuffes !... belle qu'elle existe plus la race blanche !... regardez Ben Youssef (1) !... Mauriac ! Monnerville ! Jacob !... (2) demain Coty !... pas de quoi fouetter un chat !... c'est le Voyage qui m'a fait tout le tort... mes pires haineux acharnés sont venus du Voyage... Personne m'a pardonné le Voyage... depuis le Voyage mon compte est bon !... encore je me serais appelé Vlazine... Vlazine Progrogrof... je serais né à Tarnopol-sur-Don... mais Courbevoie Seine!... Tarnopol-sur-Don j'aurais le Nobel depuis belle ! ... mais moi d'ici, même pas séphardim !... on ne sait où me foutre !... m'effacer mieux !... honte de honte !... quelle oubliette? quels rats supplier? La Vrounze aux Vrounzais !...

Naturalisé mongol... ou fellagah comme Mauriac, je roulerais auto tout me serait permis, en tout et pour tout... j'aurais la vieillesse assurée... mignotée, chouchoutée, je vous jure!... quel train de maison! je pontifierais d'haut de ma colline... je donnerais d'énormes leçons de Vertu, de jusqu'auboutisme tonnerre de Dieu! la mystique !... je me ferais tout le temps téléviser, on verrait mon icône partout !... l'adulation de toutes les Sorbonnes !... la vieillesse ivresse ! je serais né à Tarnopol-sur-Don, je ferais moyenne deux cents sacs par mois rien que du Voyagski! Altman viendra pas me réfuter! ni Triolette, ni Larangon !...

Louis-Ferdinand Céline, D'un château l'autre, 1957.

Notes
1- Le retour d'exil du sultan Mohammed Ben Youssef et la proclamation de l'indépendance marocaine datent d'octobre 1955.
2- Madeleine Jacob, reporter et chroniqueur judiciaire, depuis 1934, dans plusieurs journaux de gauche, est souvent citée dans la trilogie allemande (D'un château l'autre, Nord et Rigodon).

Le déclin de l'empire européen

Présentation de l'éditeur
Sur l'échiquier mondial, l'Europe est un nain politique. Placée sous la tutelle des Etats-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle n'est qu'un dominion américain qui s'en remet à son protecteur pour assurer sa défense. Dans un monde en profonde recomposition, elle n'a ni frontières stables ni exécutif. Avec 500 millions d'habitants, l'empire le plus riche de la planète est dépourvu d'armée et de stratégie collective. En un mot, l'Europe, faible et désunie, est une proie facile. Qui s'en emparera ? Les Etats-Unis, pour lesquels l'Europe n'est qu'une pièce de l'" Occident chrétien ", la grande coalition qui doit s'opposer à l'émergence de l'Asie ? La Russie, l'Inde ou la Chine, qui lorgnent avec envie ce continent prospère et pourtant si fragile ? L'Allemagne, qui domine l'Union européenne et veut la façonner sur le modèle du Saint Empire romain germanique ? La crise économique va-t-elle accélérer le processus d'intégration ou creuser les divisions entre les Vingt-Sept ? La France, dans cet ensemble, jouera-t-elle les premiers rôles ou les utilités ? Une seule certitude : dans cette période de fortes turbulences, l'Europe ne maîtrise plus son destin. Attention, danger !

Jean-François Susbielle, Le déclin de l'empire européen, Ed. First, 2009.

mercredi 13 mai 2009

Diam's, Louis-Ferdinand Céline et l'art de l'insulte...

"Diam's est tombée de haut, s'est fait bobo : "Le soir du résultat, quand on a eu Le Pen au second tour, j'ai eu le sentiment de l'être fait avoir. J'étais avec ma mère, que j'ai consolé toute la soirée. Elle était par terre, effondrée. Moi, j'étais outrée, encore jeune, très violente. C'était encore ma période "insultes" : Qu'est-ce qu'on fait ? On va le tuer."

"Qu'est-ce qu'on fait ? On va le tuer" n'est pas une insulte. L'insulte, Diam's, est un genre littéraire que pratiquaient, avec génie, des écrivains comme Léon Bloy, Louis-Ferdinand Céline ou les surréalistes. "On va le tuer" est, au premier degré, un appel au meurtre. C'est aussi un hoquet de petite frappe mal dans sa peau.

Aux dernières nouvelles, Diam's n'a toujours pas tué Jean-Marie Le Pen. Je vois qu'elle n'a même pas essayé. Pourquoi ? La peur, peut-être ? De ne plus pouvoir enregistrer des disques "rebelles" qui se vendent très bien ?

Thierry Séchan et Arnaud Le Guen, Nos amis les chanteurs, Ed. Alphée, 2009.

Joseph Goebbels : Journal : Volume 4, 1939-1942

Présentation de l'éditeur
De 1923 à la chute du IIIe Reich, Joseph Goebbels a tenu son journal. Le présent volume (1939-1942) couvre l'apogée des conquêtes nazies, depuis l'invasion de la Pologne jusqu'aux derniers moments de la bataille de Stalingrad. Présent sur tous les fronts, le ministre de la Propagande déploie des moyens considérables et un savoir-faire incontestable au service de l'expansion allemande. Les tracts, les journaux, la radio, le cinéma, les spectacles doivent non seulement soutenir les armées du Reich, mais imposer à tous les esprits l'idée de l'hégémonie allemande dans l'« Europe nouvelle ». Le Journal de Goebbels scrute au jour le jour, de l'intérieur, les actes d'un régime criminel, ses divisions et ses mensonges. Qu'il évoque la déportation des juifs, le pillage des pays occupés, les plans de colonisation de Hitler, ou la haine de l'ennemi bolchevique, Goebbels est toujours plus qu'un grand témoin des années de guerre : la voix même du Mal qui submerge le monde.

Joseph Goebbels, Journal IV, 1939-1942, Tallandier, 2009.
Commande possible sur Amazon.fr.

Déja disponible :

>>> Journal I, 1923-1933.
>>> Journal II, 1933-1939.
>>> Journal III, 1943-1945.

mardi 12 mai 2009

Le Petit célinien n°3

Retrouvez notre "semaine Louis-Ferdinand Céline" en format pdf en cliquant ici:

Le Petit célinien n°3 - Semaine du 4/5/2009.

Problèmes techniques, commentaires... laissez un message à cette adresse.

Charpak - Luchini - Céline

En direct, sur le plateau de Bernard Pivot, Georges Charpak (Prix Nobel de physique) interpelle Fabrice Luchini en lui demandant d'arrêter de faire l'apologie de Louis-Ferdinand Céline :



BB King - Blues Boys Tune

BB King - Blues Boys Tune :

lundi 11 mai 2009

L'ombre de Louis-Ferdinand Céline

Ouverture récente d'un site consacré à Louis-Ferdinand Céline, L'Ombre de LF Céline, "Réflexions, commentaires et critiques sur l'écriture, la vie et l'esprit de Louis-Ferdinand Céline" :

http://celinelfombre.blogspot.com

vendredi 8 mai 2009

Personnages céliniens : Hervé Sosthène de Rodiencourt

Hervé Sosthène de Rodiencourt —. Sosthène – Le Chinois. – M. Rébus.

« Prospecteur Agréé des Mines, Explorateur des Aires Occultes, Ingénieur Initié», le personnage s'inspire d'au moins deux figures croisées à Londres identifiées, par André Derval et Peter Dunwoodie : Édouard Bénédictus, et surtout William Ellsworth Robinson (1861-1918), illusionniste et magicien d'origine américaine, légende du music hall britannique sous le nom Chung-Ling Soo. Lui et son assistante et partenaire sur la scène Olive Path, qu'il épousa en 1887, ont connu durant trente années un grand succès à L'Empire Music Hall et au London Hippodrome, ainsi qu'à l'étranger, de New York aux Folies Bergères, de l'Australie au Moyen-Orient en passant par l'Inde, sous différents noms : Achmed Ben Ali, Nana Sahib, Abdul Khan. Il excellait dans sa mise-en-scène «chinoise», avec son magnifique palanquin prétendument offert par l'Impératrice douairière de Chine, ses robes flamboyantes et ses machineries. L'illusionniste publia même des manuels de spiritisme : Mystical Novelties (1898) et Spirit Slate Writing & Kindred Phenomena (1899). Ingénieur, propriétaire d'un grand atelier, il monta en 1915 une société et travailla à la production de modèles réduits d'avions. Sosthène, lui, expérimente des masques à gaz, comme Bénédictus : coïncidence, car Céline prétendait s'être occupé de la fabrication d'ailes d'avions en Angleterre.

Louis Destouches a peut-être repris le surnom de Sosthène d'un carabin rennais caricaturé dans L'A, journal étudiant, en 1924, et qu'il a pu connaître sur les bancs de l'École de médecine. Dans Guignol's band I, Ferdinand fait sa connaissance à la porte du Consulat de Russie, et lui raconte son passage à l'hôpital du Val-de-Grâce avec Raoul, le neveu de Cascade. Sosthène lui présente son projet de voyage au Tibet, et l'engage pour s'occuper des chevaux. Ils se rendent au bar du Singapore, et Sosthène initie Ferdinand aux mystères de la Tara-Tohé, la fleur merveilleuse. Les deux compères se retrouvent chez le colonel O'Collogham dans Guignol's band II: Sosthène envoie Ferdinand, habillé de neuf grâce au mercure volé, chercher à Whitehall le règlement du concours de masque à gaz. C'est à Willesden chez le colonel qu'ils se disputent à plusieurs reprises, et expérimentent les danses du livre de la Véga des Stances. Possédé par Goâ, Sosthène jette des sorts par téléphone à diverses personnalités. Il poursuit plus tard ses essais au milieu de la circulation de Londres, revêtu de sa robe de chinois : roué de coups, il est ramené par Ferdinand chez le colonel. La réception d'une convocation de Scotland Yard, après la disparition d'O'Collogham, les met en fuite, jusqu'au bar de Prospero et au Pont de Londres. Dans Guignol's band III, Sosthène retrouve le colonel qu'il accompagne à la Wickam Strong pour le concours de masque : Ferdinand le tire inanimé de la chambre à gaz : délirant, il meurt après lui avoir confié le soin de Pépé.

Bibliographie :
Peter Dunwoodie, « Des chinoiseries », in Actes du colloque Céline 1988.
Laurent Simon, « Une source iconographique de Guignol's band », in Année Céline 2003.
L'A, 24 janvier 1924.

Source : Dictionnaire des personnages, des noms de personnes, figures et référents culturels dans l'oeuvre romanesque de L.-F. Céline, Du Lérot, 2008.

Didier Benureau - J'suis heureux



jeudi 7 mai 2009

Louis-Ferdinand Céline par Léon Trotsky

"Louis-Ferdinand Céline est entré dans la grande littérature comme d'autres pénètrent dans leur propre maison. Homme mûr, muni de la vaste provision d'observations du médecin et de l'artiste, avec une souveraine indifférence à l'égard de l'académisme, avec un sens exceptionnel de la vie et de la langue, Céline a écrit un livre qui demeurera, même s'il en écrit d'autres et qui soient au même niveau de celui-ci.

Voyage au bout de la nuit, roman du pessimisme, a été dicté par l'effroi devant la vie et par la lassitude qu'elle occasionne plus que par la révolte. Une révolte active est liée à l'espoir. Dans le livre de Céline, il n'y a pas d'espoir."

Léon Trotsky, Littérature et Révolution, 1932.

mercredi 6 mai 2009

Louis-Ferdinand Céline et le sens animal

"le sens animal ! de Bébert !... je retrouve le fil !... Bébert notre chat... ah, m'y revoici!... que Bébert était comme chez lui dans l'immense Château du haut des tourelles aux caves... ils se rencontraient Lili lui d'un couloir l'autre... ils se parlaient pas... ils avaient l'air s'être jamais vus... chacun pour soi! les ondes animales sont de sorte, un quart de milli à côté, vous êtes plus vous... vous existez plus... un autre monde !... le même mystère avec Bessy, ma chienne, plus tard, dans les bois, au Danemark... elle foutait le camp... je l'appelais... vas-y !... elle entendait pas !... elle était en fugue... et c'est tout!... elle passait nous frôlait tout contre... dix fois !... vingt fois !... une flèche !... et à la charge autour des arbres !... si vite vous lui voyiez plus les pattes ! bolide ! ce qu'elle pouvait de vitesse !... je pouvais l'appeler! j'existais plus!... pourtant une chienne que j'adorais... et elle aussi... je crois qu'elle m'aimait... mais sa vie animale d'abord ! pendant deux... trois heures... je comptais plus... elle était en fugue, en furie dans le monde animal, à travers futaies, prairies, lapins, biches, canards... elle me revenait les pattes en sang, affectueuse... elle est morte ici à Meudon, Bessy, elle est enterrée là, tout contre, dans le jardin, je vois le tertre... elle a bien souffert pour mourir... je crois, d'un cancer... elle a voulu mourir que là, dehors... je lui tenais la tête... je l'ai embrassée jusqu'au bout... c'était vraiment la bête splendide... une joie de la regarder... une joie à vibrer... comme elle était belle !... pas un défaut... pelage, carrure, aplomb... oh, rien n'approche dans les Concours !...

C'est un fait, je pense toujours à elle, même là dans la fièvre... d'abord je peux me détacher de rien, ni d'un souvenir, ni d'une personne, à plus forte raison d'une chienne... je suis doué fidèle... fidèle, responsable... responsable de tout!... une vraie maladie... anti-jeanfoutre... le monde vous régale !... les animaux sont innocents, même les fugueurs comme Bessy... on les abat dans les meutes...
je peux dire que je l'ai bien aimée, avec ses folles escapades, je l'aurais pas donnée pour tout l'or du monde... pas plus que Bébert, pourtant le pire hargneux greffe déchireur, un tigre !... mais bien affectueux, ses moments... et terriblement attaché ! j'ai vu à travers l'Allemagne... fidélité de fauve...

Louis-Ferdinand Céline, D'un château l'autre, 1957.

mardi 5 mai 2009

Louis-Ferdinand Céline, Sarkozy et le Grand Paris...

Nicolas Sarkozy a prêché, mercredi 29 avril, à la Cité du patrimoine et de l'architecture, pour la réalisation du Grand Paris avec tous les élus d'Ile-de-France. Il s'est efforcé de les enrôler dans son projet de bâtir la capitale du XXIe siècle et de l'après-Kyoto dans "les dix ans".[...]

Le grand Paris va "bien au-delà des limites de l'Ile-de-France" a-t-il énoncé. "Pour rester au premier rang" des capitales mondiales, "il faut voir loin, il faut voir grand", a-t-il poursuivi. Pour le chef de l'Etat, Le Havre doit devenir "le port du Grand Paris et la Vallée de la Seine, l'axe autour duquel la métropole a vocation à s'ordonner".M.Sarkozy a ainsi repris à son compte les travaux de l'équipe de l'architecte Antoine Grumbach. M. Sarkozy s'est engagé à "mettre Le Havre à une heure de Paris" grâce un train à grande vitesse. "Un projet réalisable d'ici 2015", espère M. Grumbach.

Source : Le Monde, 30/04/2009.


Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, 1937 :

"La Seine maritimisante, c'est déjà fort beau, mais ça ne suffît pas!... Non! Non! Non . Je décréterais davantage, il faut amplifier le trafic direction la mer d'une manière très monstrueuse! léviathane! Je décréterais la construction du plus bel autostrade du monde, d'une immense ampleur alors, cinquante mètres de large, quatre voies, direction Rouen et la Manche. Vous voyez ça?... Voila ce qu' ils auraient dû penser! Ça valait un petit peu mieux que toute cette soukerie crouleuse, cette calamiteuse carambouille de bistrots et de "Je-sais-tout-tisme". Et puis encore vingt autostrades que je lancerais vers les falaises, vers les plages, vers le grand air, à partir de Rouen... J'en ouvrirais un éventail, comme on en aurait jamais vu, sur ces paysages... Ils ne demandent que ça entre le Havre et le Tréport! un éventail de vifs accès vers le bonheur, vers les poumons, vers le grand vent, vers les globules, vers la mer!... Des autobus populaires Paris-La Bleue aller et retour: 20 francs... Ça existerait comme travail et comme résultat. Ça serait plus des djiboukeries... Voilà qui aurait du son, du fond, de la couleur, de la durée, du vrai progrès! sans palais, sans toit, sans cloche! Paris, puisque nous en sommes là, est une ville qu'on ne peut plus reconstruire, même plus aménager, d'une façon d'une autre. Les temps des rafistolages, des bricoles, des petites malices, des affûteries sont révolus... C'est une ville qu'a fait toute sa vie, qu'est devenue maintenant toute nuisible, mortelle pour ceux qui l'habitent. Le mieux c'est qu'elle reste croupir en retrait définitif en "touchant" musée, avec tourniquets si l'on veut, une exposition permanente, en arrière des événements, comme Aigues Mortes, Bruges ou Florence... Faut la démembrer tout à fait, lui laisser juste les parties mortes, tout le faisandé qui lui convient. Pour les humains c'est autre chose, ils peuvent pas vivre dans un cadavre... Paris jolie ville croupissante, gentiment agonique entre la noble Place des Vosges et le Musée Carnavalet... Parfait. L'agonie est un spectacle qui intéresse bien des personnes. Vieilllarde fétide qui se disloque en sussurant des choses d'Histoire... La seule banlieue possible d'une ville de quatre millions d'habitants, c'est la mer. La mer seule assez puissante, assez généreuse, pour assainir quotidiennement ce terrible infernal ramassis, cet effrayant conglomérat de pourritures organiques, inhalantes, expirantes, chiatiques, fermenteuses, fébricilantes, virulogènes. La ville la plus malsaine du monde, la plus emboîtée, la plus encastrée, infestée, confinée, irrémédiable c'est Paris! dans son carcan de collines. Un cul-de-sac pris dans un égout, tout mijotant de charognes, de millions de latrines, de torrents de mazout et pétrole bien brûlants, une gageure de pourriture, une catastrophe physiologique, préconçue, entretenue, enthousiaste. Population à partir de mai, plongée, maintenue, ligotée dans une prodigieuse cloche au gaz, littéralement à suffoquer, strangulée dans les émanations, les volutes de mille usines, de cent mille voitures en trafic... [...]

Les humains se traînent dans Paris. Ils ne vivent plus, c'est pas vrai!... Jamais ils n'ont leur compte humain de globules, 3 à 5 milliards au lieu de 7. Ils n'existent qu'au ralenti, en larves inquiètes Pour qu'ils sautent il faut les doper! Ils ne s'émoustillent qu'à l'alcool. Observez ces faces d'agoniques... C'est horrible à regarder... Ils semblent toujours un peu se débattre dans un suicide... Une capitale loin de la mer c'est une sale cuve d'asphyxie, un Père-Lachaise en convulsions. C'est pas de l' "Urbanisme" qu'il nous faut!... C'est plus d'Urbanisme du tout! La banlieue faut pas l'arranger, faut la crever, la dissoudre. C'est le bourrelet d'infection, la banlieue, qu'entretient, préserve toute la pourriture de la ville. Tout le monde, toute la ville à la mer!. sur les artères de la campagne, pour se refaire du sang généreux, éparpiller dans la nature, au vent, aux embruns, toutes les hontes, les fientes de la ville. Débrider toutes ces crevasses, ces rues, toutes ces pustules, ces glandes suintantes de tous les pus, les immeubles, guérir l'humanité de son vice infect: la ville...